L’autre soir, j’avais une date. Avec Joyeux Papa. Pour notre anniversaire de mariage. On avait vraiment envie de dépenser une fortune, alors on est allé au cinéma! Nous avons visionné Mères indignes. (C’était drôle.) Sans vouloir brûler de punch, c’est une gang de momans qui se tannent d’en faire trop, d’être au-delà des besoins de tous les membres de leur famille tout en menant une carrière florissante et font le party

Tu te demandes où se trouve le lien entre une comédie romantique un peu vulgaire et une mère malade? Je te comprends. Parfois, les liens qui se font dans les méandres de mon cerveau sont un peu boiteux. Je vais tenter de faire un tracer plus clair de mes réflexions vaseuses.

Mis à part l’aspect divertissement, le film m’a fait réfléchir à propos d’un thème que j’avais enterré depuis longtemps sous un tas d’autres préoccupations. De voir toutes ces mamans qui travaillent à temps plein et qui gardent leurs maisons si propres que Madame Blancheville est jalouse, en cuisinant tous les repas et collations (sans agent de conservation, de sucre, de gras trans et tout ce qui pourrait donner un bon goût de casse-croûte) et qui font partie de tous les conseils scolaires, groupes de parents et autres regroupement pour assurer le bien-être de nos trésors dans leur milieu éducatif (avant de se rebeller) m’a épuisée. Juste à relire cette phrase, je suis à bout de souffle. 

Je crois que le tableau dépeint au début du film est, sommes toute, réaliste. Malgré tous les discours « pro lâcher-prise » et « vive la délégation », je pense sincèrement que toutes les mamans ont le syndrome de la SuperMaman. 

Nous souhaitons toutes faire de notre mieux pour notre famille et donner tout ce que nous avons pour eux, quite à s’oublier et à s’épuiser. La clé du lien douteux se trouve ici: Je suis une personne avec une maladie diagnostiquée depuis 5 ans. Je t’épargne tous les détails médicaux plates; je suis épuisée en permanence, je perds tranquillement ma dextérité et toutes les articulations de mon corps auraient besoin d’une shot de Jig-A-Loo. 

Je suis une maman malade. Mais ça ne m’empêche pas d’avoir le syndrome de la SuperMaman. De me réveiller avant tout le monde pour faire du yoga, de cuisiner un déjeuner chaud à ma famille et des lunchs santés, travailler toute la journée pour ensuite courir au parc tout l’après-midi avec Pouliche, puis revenir concocter un délicieux souper avec plein de fibres et de vitamines. Faire les devoirs et la routine bain-dents-dodo pour finalement faire la vaisselle, ranger la cuisine, passer le balai, ramasser les traineries, plier une brassée de lavage et honorer le lit conjugal avant de me laisser tomber dans les bras de Morphée, épuisée à l’idée de recommencer le lendemain. 

Puisque je vis dans le déni, je continue à porter tout ça sur mes épaules malgré les difficultés de la maladie et les effets secondaires des médicaments, avec le sourire en plus. Mais le film m’a rappelé que j’avais, jadis, moi aussi pris la décision de déléguer et de lâcher-prise. Non pas pour faire la fête, mais pour prendre du temps pour me reposer et ainsi, assurer plus de temps de qualité avec ma famille. Décision que j’ai vite relégué aux oubliettes parce que… Ben parce que je suis une SuperMaman. Ou parce que je souhaite en être une. 

Malheureusement pour mes ambitions de super héroine, le body parle plus fort et parfois, je ne peux plus être SuperMan. Je ne suis que Clark Kent. Un être humain avec ses faiblesses et ses incapacités. Et Pouliche est intelligente et pose des questions. Il a fallu lui expliquer que maman est malade. Que non, toutes les mamans ne sont pas comme ça. Que oui, je vais avoir besoin d’aide. Etc., etc. #pénible

Dans les moments Clark Kent, je me sens faible, impuissante, « indigne » et coupable. Parce qu’il m’est impossible d’être la meilleure maman au monde. T’sais la version qui a huit bras et qui ne dort pas parce qu’elle n’en a pas besoin. J’ai l’impression de manquer à mon devoir. Et comme toute femme contrôlante qui se respecte, je ne tolère pas très bien le fait de ne pas être en contrôle de la situation. Puis être vulnérable devant ses enfants, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux pour l’estime de soi… En tant que maman, nous vivons toutes avec un peu (ou beaucoup) de culpabilité. Mais celle de la maman malade, selon moi, c’est un niveau au-dessus. Parce qu’il s’agit d’un fardeau que j’impose à tous mes proches. C’est là, ça va rester et c’est dérangeant. Deal with it, lil’ mama!

Pour moi, être une mère malade c’est être forcée de penser à soi-même une fois de temps en temps (plus souvent que ce que la SuperMaman en moi considère acceptable), de laisser aller certains aspects de la vie qui peuvent sembler majeurs, mais qui sont en fait superflus, être obligée de déléguer et accepter que les choses ne soient pas faites à ma façon, montrer une facette de soi fragile et vulnérable à ses enfants et son mari et accepter leur aide, leur amour et leur empathie. Dis comme ça, c’est presque sain! 

La conclusion de cette réflexion est positive, malgré le côté sombre de la maladie chronique. Que ce soit pour faire un peu le party, pour penser à soi ou pour amener ses enfants à être plus autonomes, être une « mère indigne » à ses heures, c’est bien. T’es-tu retrouvé dans le labyrinthe de mes pensées entre un film populaire et la maladie? J’espère que oui!

Trouver l’équilibre entre la SuperMaman, ma propre personnalité et la Mère Indigne devient mon objectif de vie. Toi? T’es une mère indigne, parfois?

The happiest of wives