Ce weekend, je regardais Pouliche cuisiner de délicieux biscuits choco-framboise avec minutie, attention et amour. Elle veut devenir pâtissière, notre Pouliche. Je l’observais donc, mesurer chaque ingrédient avec précision, battre les oeufs avec vigueur, goûter les pépites de chocolat avec gourmandise. J’étais impressionnée, hypnotisée. Pour cette grande fillette de 5 ans, cuisiner est une véritable passion. C’était MA-GNI-FI-QUE à voir. 

Suite à cet instant de bonheur à espionner mon enfant, j’ai eu comme un p’tit down. Parce que réalistement, quelles sont les chances que Pouliche devienne la prochaine Cake Boss? Encore plus probablement, on peut prévoir un ou des éventuels  changements de passion au fil des années. Parce qu’enfant, tu veux devenir pompier ou ballerine. Puis, tu veux devenir chanteur ou avocat. Puis, tu découvres le cheerleading ou le football. Finalement, t’as pas la cote R nécessaire pour des études en médecine pis tu fais des sciences humaines au Cégep de ta région pour finir dans une job qui paye les factures, mais qui est bien loin de ta passion. 

Aussi sombres soient ses pensées, je réalise que plusieurs personnes vivent leurs passions au quotidien, mais un très, très petit nombre de personnes chanceuses et travaillantes vivent DE leur passion. Il y a là toute une différence. Pouliche devra, un jour, faire des choix comme nous l’avons tous fait. Est-ce que je continue les cours de chant dans l’espoir d’un jour devenir la prochaine Céline Dion ou je m’inscris en chimie au Cégep pour un avenir plus certain? Est-ce que je continue de donner des ateliers de peinture pour une bouchée de pain et d’accumuler des tonnes de jobs d’appoint pour survivre en attendant qu’on découvre mon talent ou je deviens comptable pour payer mes comptes et pouvoir aller dans l’sud deux fois par année? 

*À noter que mon cerveau associe « passion » avec « art. » Mais, t’sais, tu peux être passionné par n’importe quoi là. Soit pas barré!

Entendons-nous qu’il faut avoir le feu sacré et une volonté de fer pour passer par-dessus tous les obstacles et les rejets qui peuvent nous barrer le chemin vers nos passions, alors que c’est si simple de faire un DEP et de trouver du travail à 18 ans jusqu’à la retraite. Pas de soucis, ou presque. Pas de casse-tête. Personne à convaincre. 

Évidemment, je m’interroge: Comme parent, quel modèle donnes-tu? Je vis mes passions au quotidien. Je pratique et j’enseigne le yoga, j’écris, je dessine, je cuisine. Ceci dit, ça ne paye pas les factures. Alors je travaille. J’aime bien ce que je fais, mais pas de passion à l’horizon. C’est dull, non? Pas exactement ce que je souhaite voir Pouliche reproduire. Mais c’est la réalité.

Peut-être que c’est de la surprotection, mais je n’ai pas envie que mes enfants voient cette réalité comme la seule issue possible à la vie d’adulte. Je veux qu’ils rêvent. Je veux qu’ils croient que tout est possible. Je veux qu’ils travaillent d’arrache-pied pour atteindre LEURS objectifs. Je veux qu’ils aient du plaisir dans tout ce qu’ils entreprennent. Je veux que leurs choix représentent leur personnalité et leurs désirs, et non pas une obligation. Je veux qu’ils se cherchent, qu’ils aient tous les outils nécessaires pour se trouver. 

À bien y penser, tu feras bien le travail que tu voudras, Pouliche. Tu vivras tes passions ou tu vivras de tes passions. On s’en fout. Sois heureuse. 

The happiest of wives