C’est qu’ils sont occupés, nos enfants! La garderie, l’école, les cours de danse, le soccer, la natation, les leçons de violon, les fêtes d’amis, le hockey, alouette! Ils ont un agenda plus chargé que celui des parents. Parce qu’on ne veut pas qu’ils s’ennuient. On fait ça pour bien faire. On veut qu’ils bougent, qu’ils socialisent, qu’ils s’amusent, qu’ils essaient des trucs différents. 

Tout le monde s’accorde pour dire que la mission du parent, c’est, entre autres, d’outiller l’enfant pour qu’il puisse fonctionner en société et devenir indépendant. Malgré que tous prônent l’autonomie dans la routine quotidienne (comme s’habiller seul, ranger ses jouets, etc.), l’autonomie dans le jeu est comme tombée dans une craque du plancher, on dirait. 

Je ne vous apprends rien en citant un des principes de base du développement: L’enfant apprend par le jeu. Par l’entremise du jeu, l’enfant découvre ses intérêts, ses forces et ses difficultés. Il façonne sa personnalité. Qu’advient-il de cet apprentissage primordial si l’enfant est habitué, dès son plus jeune âge, à être booké ben dur? Comment découvrir ses préférences s’il y a toujours une stimulation extérieure pour combler l’ennui? Quels outils développera-t-il si le matériel auquel il a accès, en aussi grande quantité soit-il, n’a qu’une seule façon d’être utilisé? 

Les enfants sont trop occupés à faire, ils n’ont plus le temps d’apprendre à être. Après tout, ne rien avoir à faire (je veux dire rien pantoute) est le meilleur moyen de réfléchir, de créer, d’imaginer, de découvrir le champ des possibles et de trouver un p’tit quelque chose à faire! Il suffit de penser à cette capacité extraordinaire qu’on les petits à se créer un monde imaginaire en utilisant les coussins, chaises, tabourets et couvertures d’une pièce. Pas de jeux éducatifs, pas de jouets qui coûtent aussi cher qu’un paiement de char. Juste de l’imagination, du temps et les meubles sur place. Impressionnant, non?

Un autre truc qui me saute aux yeux lorsque je pense à ce « manque » d’ennui, c’est la résolution de problème. Personne ne va s’obstiner sur le fait qu’il est impossible d’être toujours satisfait, parfaitement bien et 100% heureux d’être content. L’ennui, c’est une rupture dans notre manière de faire, qu’on soit grand ou petit. Ça cause un certain malaise, une insatisfaction. Ça pousse aussi à réfléchir, à trouver une solution. Quand on a 5 ans, la solution sera sûrement de chanter des classiques de Noël à tue-tête en pleine canicule. Reste que la solution vient de mon petit moi. Pas d’un adulte qui me propose une activité, pas d’un écran de Ipad. Juste de ma tête. Sensationnel, hein?

Mesdames et messieurs, jeunes et moins jeunes, ennuyons-nous! Réapprenons à ne rien faire. Retrouvons cette disponibilité envers nous-mêmes. Permettons-nous d’être simplement, ne serait-ce que quelques minutes dans une journée complètement folle. Offrons-nous cette liberté de l’esprit. Je pense que pas mal de bonnes choses peuvent en ressortir…

The happiest of wives